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FUT2: Le gène de la santé intestinale

Photo du rédacteur: mayadedecker
mayadedecker
27 sept.
6 min de lecture

Parmi les gènes "nutritionnels" dont je n’ai pas encore parlé, il y a le fameux gène FUT2, qui joue un rôle important dans les interactions entre notre intestin, notre microbiote et notre système immunitaire. Son histoire est passionnante !


Cet article complète mon travail d'investigation des liens entre génétique et alimentation débuté par mon article sur le gène APOE disponible ici et celui sur les tests génétiques nutritionnels disponible ici .


L’intérêt du fucosyllactose


Le FUT2 est un gène qui a été identifié en 1995, mais son lien avec la santé intestinale a été établi au début des années 2010. Ce gène code une enzyme appelée la fucosyltransférase 2, qui permet notamment d’ajouter du fucose à certaines molécules présentes sur les muqueuses.


Parmi les sucres dont la synthèse dépend de cette enzyme figure le 2’-fucosyllactose (2’-FL). Ce sucre fait partie de la famille des oligosaccharides, des sucres complexes formés par l’association d’un petit nombre de sucres simples. Le 2’-fucosyllactose est plus précisément un trisaccharide, composé de trois sucres simples : fucose, galactose et glucose.


Le fucosyllactose n’est pas digéré dans l’intestin grêle. Il atteint le côlon, où il peut être utilisé par certaines bactéries, notamment des bifidobactéries. Il agit ainsi comme un véritable substrat pour certaines bactéries bénéfiques, contribuant à façonner le microbiote intestinal.


Le fucosyllactose participe également au maintien de la barrière intestinale, notamment en influençant les interactions entre microbiote, mucus, cellules intestinales et système immunitaire. Il aide également à produire un mucus intestinal de bonne qualité qui protège la paroi de l'intestin.


Le lait maternel est particulièrement riche en fucosyllactose, en tous cas chez les mères sécrétrices, comme nous le verrons plus loin. Le fucosyllactose est d’ailleurs l'oligosaccharide le plus abondant du lait humain. Il contribue de ce fait à une bonne maturation de la barrière intestinale et du microbiote du nourrisson mais aide aussi au développement d’un système immunitaire performant.


Les variants du FUT2


Le gène FUT2 possède différents variants : certains permettent une activité enzymatique fonctionnelle, d’autres entraînent une activité réduite ou absente. Selon son génotype FUT2, une personne est ainsi considérée comme « sécrétrice » ou « non-sécrétrice », ce qui influence notamment sa capacité à produire ce fameux fucosyllactose.


En Europe, environ 80 % des personnes sont sécrétrices, 20 % sont non-sécrétrices.

Le profil "non-sécréteur" est associé à un risque plus élevé de déséquilibre du microbiote, de maladies chroniques de l’intestin, d'infections chroniques ou à répétition.


En 2010 une première étude d'association génétique (McGovern et al.) a montré que le statut non-sécréteur de FUT2 est associé à la maladie de Crohn, en soulignant le rôle de la couche de mucus intestinal.

En 2011, le lien direct avec le microbiote est établi: une première étude montre que le génotype FUT2 influence fortement la composition des bifidobactéries intestinales (Wacklin et al.)


Lait maternel


Le statut sécréteur de la mère joue un rôle dans la composition du lait maternel et la construction du microbiote du bébé. Chez les mères "non-sécrétrices", le fucosyllactose est absent du lait maternel, ce qui peut ralentir l’installation de certaines bifidobactéries et réduire la protection contre certaines infections (notamment les diarrhées à Campylobacter et à calicivirus). Plusieurs études montrent que cet impact se prolonge jusqu’à l’âge de 2 à 3 ans.


Mais rien n’est joué d’avance ! Une étude menée en Indonésie (Mule et al., Gut Microbes, 2023) montre en effet que, dans un contexte rural non occidental, les bébés allaités exclusivement par des mères "non-sécrétrices" peuvent malgré tout développer un microbiote comparable à celui des bébés de mères sécrétrices.

De quoi rappeler que la génétique n’est qu’une pièce du puzzle : l’environnement, le mode de vie et l’alimentation ont aussi leur rôle à jouer pour la santé intestinale des bébés !


Comment savoir si on est sécréteur ou non ?


Certains laboratoires proposent une analyse génétique du polymorphisme FUT2 qui permet d’identifier le statut « sécréteur » ou « non-sécréteur » au prix d’environ 70€. A cela s’ajoute le coût d’une consultation médicale puisque ce test doit être prescrit par un médecin.


Il est cependant relativement difficile de trouver un médecin prêt à faire ce genre de prescription. En effet les analyses génétiques menant à des conclusions quant à la prédisposition à certaines maladies chroniques posent des questions éthiques pour lesquelles beaucoup de médecins ont le réflexe d’être vigilants : Comment annoncer à un patient qu’il a une prédisposition génétique à la maladie de Crohn ? Comment l’accompagner ? Dans quelle mesure ces données sont-elles protégées ? Quel est l’effet sur une éventuelle future assurance vie ? Dans quelle mesure les enfants du patient seront-ils impactés par le fait de savoir être potentiellement porteurs de cette mutation ?

J’évoque également ces questions dans mon article sur les tests génétiques nutritionnels.


Et si on testait directement le fucosyllactose ?


Je propose une solution plus simple, moins chère et plus pragmatique. Plusieurs laboratoires proposent des suppléments de fucosyllactose au prix d’une trentaine d’euros la boîte. Si vous avez des problèmes intestinaux chroniques depuis l’enfance, vous pouvez tester ces suppléments pendant 15 jours. De nombreuses personnes « non-sécrétrices » rapportent une amélioration radicale de leurs symptômes.


Ce test n’a peut-être pas la même rigueur qu’un test génétique, mais le résultat est finalement le même : on évalue si la solution fucusyllactose en complément est effective.


Soyons pragmatiques: le traitement proposé aux "non-sécréteurs" est simplement la prise d'un complément de fucosyllactose et ce complément est absolument sans risque. On peut simplement tester si la complémentation aide le mangeur. Peu importe sa génétique, l'important est simplement de trouver une solution pour son intestin.


Comment prendre soin de son intestin si on est « non-sécréteur » ?


Tout d’abord soyons précis, être non-sécréteur ne veut pas dire que vous aurez nécessairement des problèmes de santé. On parle d’une augmentation de risque de l’ordre de 30% pour les maladies intestinales. Ce qui veut dire que la majorité des non-sécréteurs n’auront aucun souci de santé.


Certaines études n'ont pas trouvé d’association significative entre le statut FUT2 et la diversité ou la composition globale du microbiote fécal après correction statistique. Cela suggère que FUT2 peut être important dans certaines circonstances, sans pour autant déterminer à lui seul la composition du microbiote.


Souvenez-vous, le rôle principal du FUT-2 sécréteur est de coder une enzyme qui fabrique le fucosyllactose. C’est ce fucosyllactose qui a cet effet positif sur le mucus intestinal, le microbiote et l’intégrité de la barrière intestinale.

Un non-sécréteur peut simplement pallier son statut en prenant un complément de fucosyllactose, disponible facilement en pharmacie ou auprès de divers laboratoires. La supplémentation donne souvent des résultats spectaculaires.


En Profilage Alimentaire, nous avons la cure Nouvelle Flore qui est spécialement conçue pour rééquilibrer l’intestin. Un mangeur « non-sécréteur » verra sa santé intestinale s’améliorer également en suivant certains éléments clés de cette cure.


J’ai plusieurs clients qui ont fait le test génétique et qui ont été identifiés comme « non-sécréteurs ». Ces derniers ont pu se passer de prendre le complément de fucosyllactose en suivant quelques principes simples de Cuisine Nature adaptée aux intestins fragiles. Ils gardent simplement le complément alimentaire pour les périodes plus difficiles (vacances, stress, maladie,…).

Plus de détails sur l’assiette qui soulage l’intestin dans mon article ici.

 

Variabilité génétique entre populations


La prévalence de sécréteurs est d'environ 75 à 80 % dans la plupart des régions du monde.

Mais elle peut varier fortement :

  • quasi 100 % de sécréteurs chez les Aborigènes d'Australie, les Inuits et certaines populations amérindiennes et mélanésiennes

  • seulement 22-50 % de sécréteurs dans le sud de l'Inde


L’allèle « sécréteur » est l'allèle ancestral (partagé avec les autres grands singes). Des mutations sont apparues pour faire apparaître des allèles « non-sécréteur ».

 

L’évolution du FUT2


L’histoire génétique du FUT2 est tout simplement passionnante !


Une première mutation vers un allèle non-sécréteur s’est largement diffusée il y a 8000 ans en Europe. Une autre mutation semble avoir commencé à augmenter il y a environ 2 000 ans en Asie. D'autres mutations du FUT2 présentes surtout dans les populations africaines peuvent contribuer au phénotype non-sécréteur.


Les populations européennes, asiatiques et africaines ont donc développé des variants FUT2 différents conduisant au même résultat : un phénotype non-sécréteur.


Ceci est un bel exemple de convergence évolutive : séparées au cours de leur histoire, deux populations peuvent évoluer indépendamment dans la même direction lorsque ce changement leur procure un avantage.

Autrement dit, la nature peut emprunter des chemins génétiques différents pour arriver au même résultat.


Mais pourquoi l’évolution a-t-elle produit des allèles non-sécréteurs alors que l’on sait que le statut sécréteur est favorable à la santé intestinale ?


Tout simplement parce que le statut « non-sécréteur » possède lui aussi un avantage : certains virus intestinaux, notamment plusieurs norovirus et rotavirus, ont davantage de difficultés à se fixer aux cellules intestinales des non-sécréteurs.

On pourrait résumer les choses de cette manière : les bifidobactéries ont plus de mal à s’implanter, mais les norovirus également. Les non-sécréteurs bénéficient donc d'une protection contre certaines infections.


Avec la sédentarisation et l'augmentation de la densité humaine liée à l'agriculture, les populations ont été davantage exposées aux agents infectieux. Dans cet environnement, une mutation protégeant contre certains virus digestifs a pu devenir avantageuse.

Au néolithique, mourir d'une gastro-entérite virale à 2 ans était un risque évolutif énorme, tandis que développer une maladie de Crohn à 30 ans (après avoir eu des enfants) pesait peu dans la balance.

 
 
 

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