Je vous conseille plus que vivement de regarder le reportage ARTE « Vive les microbes ! »
Ce reportage passionnant laisse la parole à des chercheurs, mais surtout de brillantes chercheuses qui font le lien entre biodiversité microbienne et immunité. En particulier le lien établi entre la pauvreté de la biodiversité microbienne dans l’environnement, surtout lors des 3 premières années de l’enfance, et le développement, entre autres, de l’asthme, des allergies, de l’eczéma et des maladies inflammatoires.
Voici mon résumé personnel.
La Carélie et la diversité microbienne
On y parle d’une étude comparative menée par le chercheur finlandais Tari Haahtela et son équipe d’allergologues, pédiatres, immunologues, biologistes, écologues.
Cette étude dure depuis plus de 20 ans en Carélie, région à cheval sur la Finlande et la Russie. Cette province a été coupée en deux en 1948 et séparée par le rideau de fer jusqu’à la fin de la guerre froide. Les habitants de part et d’autre ont la même origine et ont au départ le même mode de vie, rural.
Alors que la partie russe a maintenu un mode de vie rural et une agriculture familiale de subsistance, la partie Finlandaise s’est rapidement industrialisée voyant les taux d’asthme et d’allergies progresser de manière exponentielle (doublement tous les 10 ans), tandis que l’asthme, le rhume des foins et autres allergies sont pratiquement inexistants côté russe.
Les chercheurs ont analysé les différents paramètres pouvant expliquer cette différence : pollution, alimentation, activité physique… Le facteur déterminant ? Non ce n’est ni la pollution, ni l’alimentation (qui ont été identifiés comme simples facteurs aggravants). L’élément décisif est bien…. la diversité microbienne dans l’environnement et le contact avec cette diversité microbienne durant les premiers mois de vie. Cette exposition se fait notamment par la présence des enfants dans les activités de la ferme familiale, mais aussi par une eau de distribution beaucoup plus riche en microbes!
Jouer dans la terre et les maladies immunitaires
Ces études en Carélie ont mené à une expérimentation dans des écoles maternelles finlandaises : certaines écoles ont transformé leur cour de récréation pour que les enfant y aient accès à la terre. On a laissé les enfants jouer librement dans des zones terreuses où des plantes forestières ont été plantées. Le reportage nous montre des enfants manipuler joyeusement la terre et jouer avec des vers de terre. Les résultats sont édifiants : en seulement 2 semaines le microbiote cutané et le microbiote intestinal se sont significativement améliorés. Des marqueurs immunitaires sanguins ont été analysés. La régulation immunitaire a augmenté !
Je cite Akki Sinkkonen, l’ecologue qui a mené cette étude en collaboration avec des médecins :
« Ces résultats montent que le fait d’ajouter de la biodiversité prévient et réduit la probabilité d’avoir des maladies immunitaires »
Tout cela en 2 semaines, simplement en laissant les enfants jouer librement dans la terre !
Les vers intestinaux et les intolérances alimentaires
Dans ce même reportage, on entend la passionnante la parasitologue hollandaise Maria Yazdanbakhsh. Elle nous explique le rôle important des parasites intestinaux pour l’immunité, mais aussi leur effet anti-inflammatoire. Elle nous apprend comment les vers intestinaux permettent de nous protéger de l’intolérance au gluten ! Et met en garde contre un déparasitage trop systématique des enfants contre des infections légères aux oxyures.
La diversité microbienne et la covid 19
Un autre type de travail est également mis en avant. Celui de chercheurs qui se sont penchés sur le fait que l’épidémie de covid 19 a été beaucoup moins virulente en Afrique et en Thaïlande, en particulier dans les zones rurales. On y montre les différentes recherches et réflexions qui ont mené à la conclusion que là aussi, c’est la diversité microbienne qui a été le facteur le plus déterminant.
Le microbiote de l’étable contre l’asthme et les allergies
La pédiatre allemande Erika von Mutius, elle, a mené simultanément un programme de recherche dans les zones d’élevage traditionnel de cinq régions européennes, dont la Bavière et la Franche-Comté. Baptisée « Pâture », cette étude exceptionnelle, qui a suivi 200 enfants de leur naissance à leur majorité dans chacun de ces territoires. Elle a donné lieu à 60 publications dans de nombreuses revues scientifiques.
Cette étude montre que l’exposition précoce aux microbes de l’étable et la consommation de produits au lait cru constituent de puissants facteurs de protection. Différents micro-organismes présents dans les étables ont été identifiés comme protecteurs contre l’asthme, le rhume des foins, l’eczéma et autres maladies allergiques.
Certaines équipes sont en train de mettre au point un complément alimentaire probiotique élaboré à base des microbes présents dans les étables. Les résultats sur les souris sont positifs, reste à continuer les études sur l’humain avec une possible commercialisation.
Mais si l’on habite en ville, les même effets protecteurs de l’étable peuvent être atteints en consommant du lait cru.
Je laisse la parole à la brillante immunologue Dominique Vuitton avec son vibrant plaidoyer pour le lait cru devant le parlement européen :
« L’environnement de la ferme, c’est comme une soupe de microbes. C’est la diversité rencontrée par le système immunitaire qui prime [pour la protection contre l’asthme et les allergies]. On a pu montrer que le séjour des mères dans les étables était un élément protecteur, et donc cela avant même la naissance du bébé. »
« La première année de vie est très importante pour le microbiote. Si on a raté ce moment-là, c’est beaucoup plus difficile de revenir en arrière. Et c’est le cas de la plupart des enfants des pays dits « développés », c’est-à-dire les plus urbanisés (…) , les moins au contact de la nature. Il y a un lien immédiat entre microbiote et système immunitaire. »
« Effectivement, la consommation de lait cru protège contre la survenue d’allergies plus tard dans la vie. C’est aussi observé chez les enfants qui ne vivent pas à la ferme. C’est-à-dire que s’il boivent du lait cru, ils ont une protection significative. Il y a un effet additionnel de produits préparés avec le lait de la ferme, que ce soit le beurre, le yaourt ou les fromages. On a pu montré que la consommation d’une grande diversité de fromages tôt dans la vie protégeait contre la survenue d’allergies alimentaires à l’âge de 6 ans. »
« Le lait cru est représentatif de sa ferme. La flore microbienne d’une ferme va se retrouver à petite échelle dans le lait »
« En fait, la biodiversité clairement protège notre santé. Les différentes catégories de microbes vont vivre leur vie, mais vont vivre leur vie ensemble. C’est-à-dire que c’est un écosystème et c’est cet écosystème sans espèce dominante qui va contribuer à enrichir le microbiote intestinal et à équilibrer le système immunitaire. »
« Je pense qu’il faut revoir notre mode de pensée, trop d’hygiène tue l’hygiène. »
Laissons le mot de la fin à l’Autrichien Michael Wagner, qui dirige un pôle de recherche sur les interactions entre les microbiomes environnemental et humain :
« La biodiversité – animale, végétale et microbienne – constitue le pilier de la santé planétaire«
Ma conclusion personnelle modeste face à ces chercheurs brillants : n’achetez plus des probiotiques coûteux à vos enfants, laissez-les jouer dans la terre et donnez-leur du lait cru !