Génétique, risque, prévention… et bon sens, comment j’aborde le sujet en Profilage Alimentaire®
Le gène APOE, faut-il vraiment changer son assiette ?
Génétique, risque, prévention… et bon sens, comment j’aborde le sujet en Profilage Alimentaire®
Je reçois de plus en plus de questions sur le gène APOE et en particulier son allèle APOE4. En effet les tests génétiques se développent et permettent d’identifier de quel génotype APOE chacun est porteur. Cette identification nous permettrait de nous indiquer quelle alimentation serait optimale pour prévenir des maladies futures.
Le Dr Georges Mouton a largement contribué à la notoriété de ce gène auprès du grand public francophone. Ses conclusions se basent sur la littérature scientifique mais aussi sur son expérience de terrain auprès de plusieurs centaines, voire milliers, de patients. Son expérience sur le sujet est partagée dans son livre « Je mange selon mes génotypes. Comment mon ADN détermine mon assiette » aux éditions Exuvie (2024). J’ai largement décortiqué ce livre ainsi que ses références scientifiques.
Dans son approche, le gène APOE est présenté comme central, car il influence profondément le métabolisme lipidique et le risque de maladies liées à l’âge. En effet le gène APOE est le facteur génétique/nutrition qui possède le niveau de preuve le plus robuste pour Alzheimer et pour certains marqueurs lipidiques. Très peu de gènes nutritionnels présentent une telle cohérence au travers de toutes les études. Les associations avec la maladie d’Alzheimer et certains risques cardiovasculaires sont d’une grande robustesse, mais nous verrons plus loin qu’il existe des raisons pour modérer ces annonces.
De plus, APOE agit en amont de nombreux processus métaboliques (transport des lipides, distribution du cholestérol, réponse inflammatoire, fonctionnement cérébral) ce qui fait dire à certains auteurs que APOE serait plus déterminant et conditionnerait fortement le métabolisme des graisses.
Cette prépondérance attribuée par le Dr Mouton est la raison pour laquelle ce gène interpelle particulièrement les personnes qui suivent mes formations au Profilage alimentaire. Je lui consacre donc cet article. Je partagerai mes réflexions sur les autres gènes et les autres analyses génétique et leurs liens avec le Profilage alimentaire dans un autre article.
J’ai épluché largement l’ensemble de la littérature scientifique sur le sujet, voici donc le résultats de mes recherches et réflexions sur le gène APOE, le tout sous l’éclairage particulier du Profilage Alimentaire® et de l’Assiette Ressourçante.
Je précise que cet article est une lecture interprétative de ce que j’ai pu trouver dans la littérature scientifique avec un angle de vue personnel.
Je n’ai que peu d’expérience de terrain concernant les APOE. Quelques-uns de mes clients se sont fait tester par ailleurs et connaissent leur génotype APOE, mais cela ne suffit pas pour prétendre à une réelle expérience de terrain.
Cet article est volontairement long tant le sujet mérite d’être nuancé. A l’instar de la sloow food, je vous propose de la slow-lecture. Rendez-vous en fin d’article pour ceux qui veulent directement un résumé en quelques lignes.
Le gène APOE et ses allèles
Le gène APOE (Apolipoprotéine E) code une protéine clé du métabolisme des lipides : l’apolipoprotéine E. Cette protéine intervient dans le transport du cholestérol et des graisses dans l’organisme, aussi bien au niveau périphérique que cérébral. Dans le cerveau, elle joue un rôle central dans la maintenance des membranes neuronales, la réparation synaptique et le transport du cholestérol entre cellules gliales et neurones.
Chez l’humain, il existe trois principaux allèles du gène APOE : APOE ε2, ε3 et ε4. Chaque individu hérite de deux copies (par exemple ε3/ε3, ε3/ε4, ε4/ε4, etc.). La combinaison de ces deux allèles est le profil génétique personnel pour ce gène, que l’on appelle génotype. Un porteur de deux allèles identiques (ε3/ε3, ε4/ε4) est appelé « homozygote ».
- APOE ε3 est l’allèle le plus fréquent dans les populations européennes. Il est considéré comme « neutre » et sert souvent de référence dans les études.
- APOE ε2 est plus rare et généralement associé à un risque plus faible de maladie d’Alzheimer, mais peut dans certains cas être lié à des troubles rares du métabolisme lipidique.
- APOE ε4 est l’allèle le plus étudié. Il est associé à :
- un risque accru de maladie d’Alzheimer (surtout dans les populations occidentales),
- une tendance à une élévation plus marquée du LDL‑cholestérol dans certains contextes,
- une sensibilité accrue à l’environnement (alimentation, inflammation, sédentarité).
Ces effets négatifs sont surtout marqués chez les personnes qui ont un génotype homozygote ε4/ε4. Les génotypes ε3/ε4 sont considérablement moins affectés.
L’allèle ε4 est l’allèle ancestral de l’espèce humaine. La mutation ε3 est apparue il y a environ 220 000 ans tandis que ε2 est apparu il y a 80 000 ans. Nous y reviendrons
Le cas particulier APOE4
L’allèle ε4 modifie la structure de la protéine APOE, ce qui influence :
- la manière dont les lipides sont transportés,
- la réponse inflammatoire,
- l’utilisation du cholestérol par le cerveau.
Une hypothèse centrale est que, chez les porteurs d’APOE4, le cerveau serait moins efficace pour recycler et redistribuer le cholestérol, rendant les neurones plus vulnérables au stress métabolique, inflammatoire ou oxydatif. Cela expliquerait en partie la sensibilité accrue aux facteurs de mode de vie.
Il est important de rappeler qu’APOE4 est un facteur de risque, et non une fatalité : de nombreux porteurs ne développeront jamais de maladie neurodégénérative.
Cependant les études montrent un risque relatif de développer la maladie d’Alzheimer 10 à 12 fois supérieur pour les porteurs du génotype ε4/ε4. Le risque absolu de développer la maladie d’Alzheimer est donc significativement augmenté, avec des estimations autour de 50–70 % selon les cohortes de risque de développer la démence avant 85 ans, ce qui est considérable.[i],[ii]
Certains rapports montrent même des trajectoires biologiques où les marqueurs d’Alzheimer (plaques amyloïdes, biomarqueurs) se trouvent chez quasiment tous les homozygotes avant 65–70 ans, même si tous ne développeront pas forcément les symptômes cliniques francs.[iii]
L’impact majeur du mode de vie
Les études convergent fortement sur un point : le mode de vie est probablement plus déterminant que la génétique seule.
Chez les porteurs d’APOE4, les facteurs suivants modulent fortement le risque :
- sédentarité,
- excès calorique chronique,
- alimentation riche en sucres raffinés,
- tabac, alcool
- inflammation de bas grade,
- sommeil insuffisant,
- stress chronique.
APOE4 apparaît comme un allèle particulièrement sensible au contexte métabolique global.
Les études ont également montré que l’hygiène de vie a un impact préventif majeur sur l’apparition de la maladie pour les porteurs ε4/ε4, ce qui justifie largement que l’on s’intéresse particulièrement au lien génétique/alimentation dans le cas du gène APOE.[iv],[v]
Prévention chez les porteurs APOE4 : les recommandations officielles
Les recommandations issues des grandes instances (OMS, sociétés de neurologie, cardiologie, prévention Alzheimer) convergent sur plusieurs points[vi] :
- activité physique régulière,
- prévention de l’insulinorésistance,
- contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire,
- alimentation riche en végétaux, poissons, fibres,
- limitation des aliments ultra‑transformés,
- modération stricte de l’alcool, voire abstinence
- sommeil de qualité, gestion du stress, stimulation cognitive.
- Arrêt du tabac
- Régime méditerranéen
- Réduction des graisses saturées
Toutes ces recommandations sont étayées par des études scientifiques solides qui montrent de manière unanime un impact majeur de l’hygiène de vie sur la prévention de la maladie d’Alzheimer et des autres problèmes de santés chez les porteurs de l’allèle APOE4
La question des graisses saturées
En Profilage Alimentaire®, nous accordons une part importante aux vertus thérapeutiques des graisses originelles. Nous observons que les acides gras, lorsqu’ils n’ont pas été altérés par des transformations industrielles, un chauffage excessif ou une mauvaise conservation, ont un impact positif majeur sur la santé. Nous appelons ces graisses qui n’ont subi aucune transformation les «graisses originelles »
A contrario, nous observons que les graisses qui ont été dégradées par ces mêmes procédés (graisses hydrogénées, oxydées, rances, acides gras trans,…) ont des effets délétères sur la santé.
Nous tempérons les doses quotidiennes de graisses ajoutées en fonction du profil, certains mangeurs bénéficiant d’une dose élevée de graisses originelles, tandis que d’autres se porteront mieux avec des doses plus modérées. Nos recommandations sont de 3 à 6 cuillères à soupe par jour.
Nous proposons également que la moitié des apports de graisses proviennent de graisses saturées originelles (beurre cru, huile de coco,…). Cette proposition vient des proportions trouvés dans les régimes alimentaires ancestraux (ile d’Okinawa), dans le lait maternel, mais aussi des travaux de la chercheuse Mary Enig, spécialiste des graisses.[vii][viii]
C’est là que la question se pose. Les porteurs homozygotes ε4/ε4 doivent-il s’écarter de nos recommandation et réduire leur apport de graisses saturées ? Que disent les études à ce sujet ?
J’ai donc épluché les études, et voici ce que l’on peut conclure :
Des études sérieuses montrent qu’un apport élevé en graisses saturées peut être défavorable chez les porteurs APOE4 tandis qu’une diminution de l’apport en ce type acides gras a un effet positif et préventif clair.[ix]
Par ailleurs, des études suggèrent également un effet préventif d’un apport adéquat en acides gras omega 3.[x]
Il est à noter qu’aucune des études sur le lien entre graisses saturées, APOE4 et maladies ne fait la différence entre les graisses saturées industrielles et les graisses saturées originelles non transformées.
La distinction entre les différents types de graisses saturées selon la source alimentaire n’est généralement pas fournie dans ces publications.
Un point fondamental ressort de la littérature scientifique : aucune étude clinique majeure n’a comparé explicitement l’impact de graisses saturées traditionnelles (beurre fermier, graisse animale non transformée, huile de palme rouge traditionnelle) à celui de graisses saturées industrielles ou transformées chez les porteurs d’APOE4.
La majorité des travaux utilisent :
- des catégories nutritionnelles larges (« saturated fats »),
- des régimes expérimentaux éloignés des pratiques alimentaires traditionnelles.
Cela constitue une limite importante lorsqu’on interprète ces résultats à la lumière des principes du Profilage alimentaire et de l’Assiette Ressourçante, qui distingue clairement graisses naturelles et graisses industrielles.
Les questions que l’on peut se poser en lisant ce type d’études, en particulier les études réalisées aux États-Unis, sont les suivantes:
- Les graisses saturées sont-elles issues d’aliments industriels ?
- Les résultats seraient-ils similaires si on réalisait la même étude avec exclusivement des graisses originelles ?
- Faut-il cibler uniquement les acides gras saturés alors que dans les populations étudiées (États-Unis), une consommation élevées de graisses saturées est symptomatique d’une hygiène de vie délétère au sens large (consommation courante de d’aliments ultra-transformés, de moins de légumes, moins d’exercice physique,…)
Contexte évolutif du gène APOE : une clé de lecture essentielle
S’intéresser au contexte évolutif de l’APOE nous apporte une autre grille de lecture particulièrement intéressante dans le contexte de L’Assiette Ressourçante et des graisses originelles.
Le contexte évolutif du gène APOE apporte un éclairage fondamental pour comprendre pourquoi l’allèle ε4 (APOE4) est aujourd’hui associé à un risque accru de maladies métaboliques, cardiovasculaires et neurodégénératives dans les sociétés occidentales, alors que cet allèle a persisté tout au long de l’évolution humaine.
APOE4 : un allèle ancestral à la répartition géographique non aléatoire
L’allèle ε4 est considéré comme l’allèle ancestral du gène APOE. Il était présent bien avant l’apparition des isoformes ε3 et ε2, et n’a pas été éliminé par la sélection naturelle, ce qui suggère qu’il a pu conférer un avantage adaptatif dans certains environnements anciens.
Sur le plan géographique, APOE4 se retrouve à des fréquences particulièrement élevées dans des populations traditionnelles ou historiquement non agricoles, par exemple :
- Pygmées d’Afrique centrale (~40 %),
- Khoisan d’Afrique australe (~35–40 %),
- Yoruba (Nigeria) (~25 et 30 %)[xi],[xii]
- Papous (~36 %),
- certains groupes autochtones d’Australie (~26 %),
- inuits (~20–23 %)[xiii], [xiv]
- certains groupes amérindiens (~28 %)[xv]
À l’inverse, sa fréquence est nettement plus faible dans les populations méditerranéennes anciennement agricoles (souvent <10 %), où l’allèle ε3 est largement dominant.
Cette distribution suggère que l’allèle ε4 s’est maintenu préférentiellement dans des contextes de subsistance traditionnels, caractérisés par une moindre sédentarisation et une alimentation peu transformée.[xvi]
Effets variables d’APOE4 selon les populations : une interaction gène × environnement
Les observations épidémiologiques montrent que l’impact d’APOE4 sur la santé n’est pas universel.
Dans certaines les populations traditionnelles étudiées, APOE4 :
- n’est pas toujours associé à un risque accru de maladie d’Alzheimer,
- ou présente une association nettement plus faible que ce que l’on peut observer dans les populations occidentales.
Chez les Yoruba du Nigeria ou dans certains groupes autochtones, l’ effet d’APOE4 que l’on observe classiquement en Europe ou en Amérique du Nord est atténué, voire absent. On peut en déduire que le contexte génétique global, le mode de vie et l’environnement alimentaire modulent fortement l’expression du risque.
Cela soutient l’idée que les effets délétères d’APOE4 observés dans les sociétés modernes résultent largement de l’interaction entre le gène et l’environnement, et non du gène seul.xi, xii, xiii, xiv, xv, xvi
Populations de subsistance : APOE4 et compromis adaptatif
Des données issues de populations de subsistance apportent un éclairage supplémentaire.
Chez les Tsimane de Bolivie, une population vivant de chasse, de cueillette et d’agriculture légère, il a été observé que :
- les porteurs d’APOE4 présentent des niveaux de LDL-cholestérol légèrement plus élevés,
- mais des niveaux d’inflammation plus faibles que ceux observés dans les sociétés industrialisées.xv
Dans ce contexte, un cholestérol plus élevé pourrait jouer un rôle fonctionnel (immunité, réponse aux infections, besoins énergétiques élevés), plutôt qu’être strictement pathogène.
Ces résultats suggèrent qu’APOE4 peut induire des effets biologiques différents selon l’environnement alimentaire, infectieux et métabolique, et que ses effets négatifs observés dans les sociétés modernes ne se manifestent pas nécessairement dans des modes de vie traditionnels.
Données génétiques anciennes et transition alimentaire
Les données issues de l’ADN ancien renforcent cette lecture évolutive.
Une étude analysant des génomes européens jusqu’à environ 12 000 ans avant notre ère montre que :
- la fréquence d’APOE4 était plus élevée chez les chasseurs-cueilleurs,
- puis a diminué progressivement avec l’essor de l’agriculture et des régimes riches en céréales.
Ce fait suggère que la transition alimentaire et la sédentarisation ont modifié les pressions de sélection sur cet allèle au fil du temps.[xvii]
L’article de revue publié dans Ageing Research Reviews (Minihane et al., 2017)[xviii] propose une synthèse approfondie des connaissances actuelles sur le gène APOE, replacées dans une perspective évolutive. Les auteurs y analysent l’évolution des différentes isoformes humaines (ε2, ε3, ε4), leur structure et leurs fonctions biologiques, ainsi que leurs implications métaboliques, notamment en lien avec le transport des lipides, l’alimentation et le risque de maladies liées à l’âge, qu’elles soient cardiovasculaires ou neurodégénératives.
Cet article offre ainsi une grille de lecture intégrative permettant de relier génétique, physiologie et environnement alimentaire dans une compréhension cohérente de l’expression du risque.
Les auteurs soulignent que :
- APOE4 est l’isoforme originelle de l’espèce humaine,
- il a probablement été neutre voire avantageuxdans des contextes ancestraux caractérisés par :
- une alimentation riche en graisses animales naturelles,
- une faible consommation de sucres raffinés,
- une forte activité physique,
- une pression infectieuse élevée.
Dans ces environnements, APOE4 aurait pu favoriser :
- l’absorption et la mobilisation des graisses,
- la gestion de l’énergie,
- une réponse immunitaire plus rapide.
À l’inverse, dans les environnements modernes — riches en sucres raffinés, huiles industrielles, aliments ultra-transformés et marqués par la sédentarité — APOE4 est associé à une augmentation du risque métabolique, cardiovasculaire et cognitif.
Les auteurs concluent que l’impact de l’allèle ε4 dépend fondamentalement du contexte global dans lequel il s’exprime, et non du génotype seul.
L’ensemble des données étudiées suggère que les effets négatifs observés aujourd’hui sont largement liés à l’inadéquation entre un patrimoine génétique ancien et un environnement moderne, et que l’alimentation, le mode de vie et le contexte métabolique jouent un rôle central dans l’expression du risque.
Oui, APOE4 est associé à un LDL plus élevé dans plusieurs populations traditionnelles
Non, cela ne s’accompagne pas automatiquement de maladies cardiovasculaires
Oui, le mode de vie, la gestion l’inflammation chronique et la qualité alimentaire sont déterminants
Les graisses saturées dans les régimes traditionnels
Dans les populations manifestant une forte fréquence d’APOE4 mais peu de maladies cardiovasculaires ou d’Alzheimer, la quantité exacte de graisses saturées consommées n’a généralement pas été mesurée de façon rigoureuse et comparable aux études nutritionnelles occidentales.
Cependant dans les études dans les populations Yoruba (Nigeria) rapportent que l’huile de palme rouge (très riche en graisses saturées) est une source traditionnelle importante de lipides dans l’alimentation. Selon les études, 25 à 30 % des Yorubas sont porteurs de l’allèle APOE4.
Or les recherches n’ont montré aucune association significative entre la présence d’APOE4 et la maladie d’Alzheimer ou la démence dans cette population.xi
En d’autres termes : le simple fait d’avoir l’allèle ε4 ne prédit pas de façon aussi forte Alzheimer chez les Yoruba nigérians qu’il le fait chez des populations occidentales.
Cela suggère que la qualité et la matrice des aliments (y compris ceux riches en acides gras saturés) consommés par ces populations sont très différentes de celles qui caractérisent des régimes occidentaux riches en aliments ultra-transformés et sucres ajoutés.
En d’autre termes, l’huile de palme rouge, riche en acides gras saturés fait partie intégrante du régime alimentaire des Yorubas porteurs de l’allèle APOE4 sans que cela se manifeste par des problème de santé.
Quelles recommandations pour les allèles APOE3 et APOE2 ?
Le Dr Mouton propose un régime alimentaire riche en graisses et pauvre en glucides pour les porteurs d’un allèle ε3 et un régime cétogène pour les ε2. Dans le livre du Docteur Mouton, le régime cétogène n’est pas précisément défini alors que ce régime se décline en diverses variantes.
Je pense que ces recommandations pour les allèle ε3 et ε2 sont guidées par sa pratique de terrain.
En effet, il n’existe actuellement aucune recommandation alimentaire officielle spécifique pour les porteurs des allèles APOE ε2 ou ε3. Les grandes instances de santé publique ne proposent pas de régimes différents en fonction de ces génotypes. Les conseils nutritionnels sont simplement des conseils classiques d’alimentation saine.
Certaines études scientifiques montrent que le métabolisme des porteurs d’APOE ε2 et ε3 s’adapte plus facilement à différents modèles alimentaires, à condition que la qualité de l’alimentation soit au rendez-vous.
L’allèle APOE ε2 est souvent associé à un profil lipidique favorable, notamment à des niveaux de LDL plus bas. Toutefois, chez une minorité d’individus, il peut s’accompagner d’une clairance moins efficace des lipoprotéines riches en triglycérides. Dans ce contexte, une alimentation riche en glucides raffinés ou un excès calorique peut favoriser une élévation des triglycérides. Cette observation ne signifie pas qu’APOE ε2 soit “intolérant aux glucides”, mais souligne que, comme pour d’autres profils génétiques, la tolérance dépend étroitement de la qualité des glucides, du niveau d’activité physique et du contexte métabolique global.[xix], [xx], [xxi]
J’imagine que ce sont ces dernières observations qui ont induit le Dr Mouton à proposer un régime cétogène (particulièrement pauvre en glucides) aux APOE2.
Mon expérience de terrain n’est pas aussi vaste que celle du Dr Mouton, mais j’ai cependant pu observer chez une cliente homozygote ε2/ε2 que le régime cétogène ne lui convenait absolument pas.
Le cas particulier du régime cétogène
Se fiant aux recommandations classiques visant à diminuer les graisses saturées chez les porteurs d’APOE4, le Dr Mouton déconseille fortement le régime cétogène chez ces individus.
Interpellée par ce fait et par le choix de certains auteurs de préconiser le régime cétogène pour les malades d’Alzheimer, j’ai exploré ce que nous raconte la littérature scientifique à ce sujet. Je n’ai pas trouvé grand-chose.
D’un côté, certaines études nous montrent que chez les porteurs d’APOE4, le bénéfice attendu après la pratique d’un régime cétogène n’apparaît pas ou est nettement moindre chez les autres sujets.[xxii], [xxiii], [xxiv]
D’un autre côté, certaines études révèlent un effet positif du régime cétogène chez des porteurs APOE4. On notera qu’il s’agit surtout de modèles animaux et de rapports de cas cliniques chez l’humain (ce qui constitue un niveau de preuve plus faible dans les standard de recherche).[xxv], [xxvi], [xxvii]
On peut en conclure que les effets du régime cétogène chez les porteurs d’APOE4 sont dont peu documentés et ne permettent pas de donner d’indication claires.
Nota bene : en Profilage Alimentaire, nous ne proposons pas le régime cétogène sans qu’un professionnel n’assure un suivi et n’ait souligné une indication médicale. Le régime cétogène peut être vu comme un médicament, ce qui inclut les possibles effets secondaires, et ne peut être suivi qu’avec la même prudence que l’on manifesterait lors de la prise d’un médicament puissant.
Y a-t-il un lien entre le génotype APOE et le profil alimentaire ?
A la lecture des écrits du Dr Mouton, certains de mes élèves ont été tentés de faire le lien entre le génotype et les pans de singularisation que nous employons pour définir un profil alimentaire.
Plusieurs liens peuvent être proposés :
Chasseur : APOE2 Cueilleur : APOE4 Mixte : APOE3
Ou
Vata : APOE2 Pitta : APOE3 Kapha APOE4
Cette association est tentante, cependant nous n’avons pas assez de recul que pour pouvoir faire un lien. Trop peu de personnes connaissent à le fois leur profil alimentaire et leur génotype pour pouvoir qu’un lien statistique puisse être réalisé.
Ma conclusion personnelle
En Profilage Alimentaire®, nous proposons trois critères essentiels pour évaluer une information en nutrition et éviter les conclusions simplistes ou dogmatiques.
Le critère scientifique, d’abord : que disent réellement les études, quelles sont leurs limites, et sur quels modèles reposent-elles (humains, animaux, observations épidémiologiques) ?
Dans le cas d’APOE4, la littérature montre des associations claires avec certains risques dans les sociétés modernes, mais aussi une grande variabilité des réponses selon le contexte et le mode de vie.
Le critère historique, ensuite : existe-t-il, ou a-t-il existé, des populations humaines vivant avec une forte fréquence d’APOE4 sans présenter les pathologies aujourd’hui redoutées ?
Les données issues de populations traditionnelles rappellent que l’allèle ε4 est un allèle ancestral, longtemps compatible avec la survie humaine, et que ses effets délétères dépendent du contexte moderne dans lequel il s’exprime.
Le critère du terrain, enfin, qui est central dans la pratique : comment une personne donnée réagit-elle concrètement ? Nous pouvons faire confiance aux signaux positifs ou négatifs que le corps nous envoie et adapter notre assiette en fonction
Les outils du Profilage Alimentaire® permettent d’affiner cette lecture en développant une meilleure écoute de soi, en s’observant et écoutant les indication du l’organisme. Car ce sont ces signaux qui vont nous confirmer si nous sommes dans la bonne direction.
Chez les porteurs de l’allèle APOE4, l’attention portée à l’hygiène de vie globale est particulièrement cruciale. L’assiette n’est qu’un levier parmi d’autres. L’activité physique régulière, la gestion du stress, la qualité du sommeil, l’exposition au tabac et à l’alcool, ainsi qu’un suivi médical, jouent un rôle tout aussi déterminant que le contenu de l’assiette. Ces recommandations, bien entendu, sont également bénéfiques pour les porteurs d’APOE3 et d’APOE2.
Alors, quelle serait l’assiette “idéale” pour un mangeur ε4/ε4 ?
La science ne permet pas aujourd’hui de proposer un modèle alimentaire unique, universel et figé. En revanche, un point fait largement consensus : privilégier des nourritures vraies, peu transformées, et rester particulièrement attentif à la qualité des graisses.
La science ne permet pas aujourd’hui de proposer un modèle alimentaire unique et figé. En revanche, elle montre clairement que les porteurs d’APOE4 semblent plus sensibles que d’autres aux déséquilibres du mode de vie moderne. Autrement dit, là où certains profils tolèrent longtemps les excès, le terrain ε4, lui, réagit plus vite.
Cela signifie que les porteurs d’APOE4 ont sans doute plus que les autres intérêt à être attentifs à leur alimentation, à la qualité des graisses, à la charge glycémique globale.
C’est précisément dans ce cadre que le Profilage Alimentaire® prend tout son sens : non pas comme un régime imposé par un gène, mais comme un outil d’observation et d’ajustement. Chez les porteurs d’APOE4, l’écoute des signaux du corps — énergie, digestion, clarté mentale, sommeil, peau — devient un indicateur précieux.
Être porteur du gène APOE4 n’est pas une condamnation, mais une indication d’un terrain plus sensible, qui appelle une vigilance plus fine. Et cette vigilance peut devenir une force lorsqu’elle est guidée par la connaissance, la cohérence et l’écoute de soi.
En résumé
- APOE est un gène clé du transport des lipides, avec trois allèles principaux : ε2, ε3, ε4 (dont nous portons chacun deux copies).
- L’allèle ε4 est associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires, maladie d’Alzheimer et décès précoce surtout chez les homozygotes ε4/ε4, mais le risque n’est pas un destin.
- Des études épidémiologiques solides montrent que l’hygiène de vie (activité physique, sommeil, stress, tabac/alcool, prévention de l’insulinorésistance, qualité globale de l’alimentation) est un levier majeur de prévention, tant pour les maladies cardiovasculaires que pour la maladie d’Alzheimer
- Des recommandations incluent la réduction des graisses saturées ; toutefois, la littérature clinique ne distingue jamais les graisses saturées selon leur qualité et leur matrice alimentaire, ce qui limite l’interprétation dans une lecture “graisses originelles vs industrielles”.
- La question des graisses saturées nous interpelle parce qu’en Profilage Alimentaire, nous suggérons 50% des apports en graisses sous forme de graisses saturées, exclusivement non transformées.
- Les études nous montrent que APOE4 se retrouve à des fréquences particulièrement élevées dans des populations traditionnelles ou historiquement non agricoles (Yorubas du Nigeria, Pygmées d’Afrique centrale, inuits, papous, certain groupes aborigènes et amérindiens,…)
- Dans ces populations, APOE4 n’est pas corrélé à une augmentation accrue du risque de développer la maladie d’Alzheimer ou des maladies cardiovasculaires. Y compris pour les populations qui mangent une grande proportion de graisses saturées (huile de palme, graisse animale)
- Les porteurs d’APOE4 ne montrent pas les mêmes risques de développer des maladies lorsqu’ils ont un mode de vie traditionnel. Ceci est largement documentée sur le plan scientifique
- En pratique, ma boussole reste : nourritures vraies, prudence avec l’ultra-transformé, et écoute du terrain.
- Les autres éléments d’hygiène de vie (sommeil, stress, activité physique, arrêt de l’alcool et du tabac) ont également un rôle préventif majeur
[i] NIH – Research Matters (2023)
Study defines major genetic form of Alzheimer’s disease
https://www.nih.gov/news-events/nih-research-matters/study-defines-major-genetic-form-alzheimers-disease
[ii] Corder EH et al. (1993)
Gene dose of apolipoprotein E type 4 allele and the risk of Alzheimer’s disease in late onset families
Science.
PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8346443/
[iii] Alzforum (2023)
Do Two APOE4 Alleles Always Mean Alzheimer’s?
Alzforum : https://www.alzforum.org/news/research-news/do-two-apoe4-alleles-always-mean-alzheimers
[iv] Morris MC, Evans DA, Bienias JL, et al. Dietary fats and the risk of incident Alzheimer disease. Arch Neurol. 2003;60(2):194-200.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11119301/
[v] Fondation Alheimer France : Alimentation pour la prévention Alzheimer
https://www.fondation-alzheimer.org/alzheimer-la-prevention-dans-votre-assiette/
[vi] OMS : Risk reduction of cognitive decline and dementia: WHO guidelines
https://www.who.int/publications-detail-redirect/risk-reduction-of-cognitive-decline-and-dementia
[vii] Taty Lauwer, Pour qui sonne le gras, https://editionsaladdin.com/gras/
[viii] Mary G. Enig, Know Your Fats: The Complete Primer for Understanding the Nutrition of Fats
[ix] Campos et al. (2021) Gene-diet interactions and plasma lipoproteins: role of apolipoprotein E and habitual saturated fat intakehttps://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11119301/
[x] Yassine HN, et al. (2024) Omega-3 fatty acids, APOE genotype, and Alzheimer’s disease risk. 2024.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38507884/
[xi] Hendrie HC, Ogunniyi A, Hall KS, et al. APOE ε4 and Alzheimer disease among Yoruba and African Americans. Neurology. 2001;56(5):597-601.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16278853/
[xii] Gureje O, Ogunniyi A, Hall KS, et al. Incidence of dementia and Alzheimer disease in Yoruba and African Americans. JAMA. 2006;296(5):551-558.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16549869/
[xiii] Gerdes LU, Klausen IC, Sihm I, Faergeman O. Apolipoprotein E polymorphism in Greenland Inuit. Atherosclerosis. 1996;121(1):69-78.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8857498/
[xiv] Bang HO, Dyerberg J. Plasma lipids and lipoproteins in Greenlandic Inuit. Acta Med Scand. 1972;192(1-2):85-94.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/5042193/
[xv] Eisenberg DTA, Kuzawa CW, Hayes MG. High levels of low-density lipoprotein cholesterol among the Tsimane: a population with minimal atherosclerosis. eLife. 2021;10:e68241.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34586066/
[xvi] Corbo RM, Scacchi R. Apolipoprotein E (APOE) allele distribution in the world. Is APOE*4 a “thrifty” allele? Ann Hum Genet. 1999;63(Pt 4):301-310.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10738542/
[xvii] Mathieson I, et al. Eight thousand years of natural selection in Europe. Nature. 2023.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36951219/
[xviii] Minihane AM et al.
Evolution of human apolipoprotein E (APOE) isoforms: gene structure, protein function and interaction with dietary factors
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